L’oiseau qui fait venir la pluie

Texte de Jorge Luis Borges extrait du recueil « Le livre des êtres immaginaires » – L’imaginaire / Gallimard

En plus du dragon, les agriculteurs chinois dispo­sent, pour faire venir la pluie, de l’oiseau nommé Shang Yang. Il n’a qu’une patte ; aux temps anciens, les enfants sautaient à cloche-pied et fronçaient les sourcils en affirmant : << Il va pleuvoir car le Shang Yang est en train de sauter. >> On dit, en effet, qu’il boit l’eau des rivières et la fait retomber sur la terre.

Un ancien sage l’avait apprivoisé et le portait dans sa manche. Les historiens relatent que cet oiseau passa une fois devant le trône du prince Ch’i en sautillant et en agitant ses ailes. Le prince, alarmé, envoya un de ses ministres à la cour de Lou, pour consulter Confucius. Ce dernier prédit que le Shang Yang allait provoquer des inondations dans la région et dans les contrées adjacentes. Il conseilla de construire des digues et des canaux. Le prince tint compte des conseils du maître et il évita ainsi de grands désastres.