Étreignez-vous !

Par Agnès C. Poirier

Depuis ce matin, les Anglais peuvent à nouveau s’étreindre en toute légalité. Jusqu’à hier minuit, tout embrasseur était en effet hors-la-loi. Les pauvres Gallois, eux, devront encore attendre avant de se serrer dans les bras, recrudescence du variant indien oblige. 

Peu tactile, les Anglais n’ont tout d’abord guère souffert de ne plus pouvoir s’enlacer ; cela leur arrive si peu en temps normal, comparé à nous autres « Continentaux », nous autres « Latins » habitués à faire la bise à tout va, aux proches comme aux inconnus. Et puis, quelque chose s’est brisé dans l’inconscient collectif britannique, les sondages ont fini par montrer que le toucher, ce sens sous-développé Outre-Manche, leur manquait, finalement, terriblement. Ils osaient enfin l’avouer. Le plaisir de toucher l’autre et de l’être en retour, c’était un peu comme l’Europe, c’est après l’avoir perdu qu’ils ont compris à quel point ils l’aimaient, secrètement. Or contrairement à l’Europe qu’ils ne sont pas près de retrouver, ils vont pouvoir enfin se livrer au « hugging » : leur Premier Ministre Boris Johnson leur a promis, la BBC leur répète matin, midi et soir, c’est même écrit noir sur blanc sur les recommandations gouvernementales. 

Et nous, Français ? Attendons-nous le feu vert du Président ou même du Pape pour nous embrasser à nouveau ? Quand nous sentirons-nous tout à fait libre de faire la bise comme autrefois ? Peut-être quand nous aurons atteint, comme les Britanniques, 69% de vaccinés. Alors, sus aux vaccinodromes ! L’étreinte est au bout de la seringue.

Reviens, JVP, reviens !

Par Thierry Keller

En 2014, Jean-Vincent Placé, alors patron des sénateurs écolos, pestait contre ses troupes, dont il regrettait qu’elles s’intéressent à tout sauf à l’écologie : « On est devenu le parti des Roms et de la Palestine », persifflait-il.

Dans les milieux autorisés, on s’est beaucoup gaussé de Jean-Vincent Placé – ses manières, sa fatuité, sa ligne droitière… Si bien qu’aujourd’hui, l’homme végète dans les profondeurs du classement politique. N’empêche que, sept ans après sa punchline provocatrice, ses amis ont nettement recentré leur discours vers leur cœur de métier : arbres morts, Tour de France machiste et polluant, rêves d’enfants, méchants boomers… A leur manière, les écolos refont de l’écologie. Alors certes, ils peuvent encore faire mieux (les Roms et la Palestine de 2021 sont des mosquées islamistes ou des cours de récré dégenrées). Mais à quel prix ! Chaque jour qui passe, les écologistes français s’évertuent à rester minoritaires à jamais.

On pourrait s’en réjouir, on ne peut que s’en désoler. D’abord parce que les citoyens, dans leurs comportements, dans leurs consciences, méritent et réclament une écologie politique sérieuse, apte à gouverner. Ensuite et surtout parce que l’urgence climatique se fait pressante et qu’on ne trouve pas grand-monde pour rendre la planète great again.

Le 26 septembre prochain, une dirigeante issue des Grünen, Annalena Baerbock, a de bonnes chances de devenir la nouvelle chancelière allemande. Pas étonnant : outre-Rhin, les Verts ont depuis longtemps fait leur révolution ; ils dirigent des Länder, participent à des coalitions de droite comme de gauche. Bref, ils sont crédibles.

C’est peut-être le moment de sortir Jean-Vincent Placé du placard…